Actualités du Calvados

Le Calvados, ancré au Boumbap

Accompagné de lili, Nicolas ramène la culture cocktail au cœur de Caen en redonnant au Calvados sa place dans la mixologie.

Quelle est la genèse du Boumbap et ce qui définit l’esprit de ce « bar à manger » ?

Je suis Nico­las Ker­meur et avec Lili Bon­neau, nous avons créé le Boum­bap il y a deux ans. C’est l’aboutissement de mon ancien bar, Les Déser­teurs. On est passé d’un bar à bières à un « bar à manger » avec une vraie orien­ta­tion cock­tails et spi­ri­tueux. Notre volon­té est de valo­ri­ser les cir­cuits courts : à part quelques épices coréennes, tous nos pro­duits sont fran­çais, même notre saké !
Pour rester cohé­rents, nous avons fait le choix d’être tota­le­ment indé­pen­dants des gros dis­tri­bu­teurs et de leurs accords avec les géants de l’in­dus­trie. On achète nos bou­teilles en direct, C’est une autre logis­tique mais elle permet de déni­cher des pépites introu­vables ailleurs. Aujourd’­hui, ce qui me fait vibrer, c’est vrai­ment la créa­tion et le par­tage de ma pas­sion via le verre.

Comment transmets-tu la passion spiritueux et cocktail à ta clientèle ?

Tout sim­ple­ment en pre­nant le temps d’é­chan­ger. Tu sais, je peux ache­ter une réfé­rence « coup de cœur » qui va rester un an sur l’é­ta­gère, mais le jour où quel­qu’un repère la bou­teille et me pose des ques­tions, alors on par­tage un vrai moment de décou­verte entre passionnés.
Aujourd’­hui, la moitié de mes clients a grandi avec moi depuis l’é­poque des Déser­teurs, l’autre moitié vient pour la répu­ta­tion cock­tail et spi­ri­tueux via le bouche-à-oreille.
Mais c’est à double tran­chant : les gens disent sou­vent aimer les cock­tails, mais res­tent pour­tant sur des clas­siques ras­su­rants comme le mojito ou le spritz. C’est pour ça qu’on a un vrai tra­vail d’accompagnement à faire en paral­lèle de notre carte car les termes tech­niques peuvent inti­mi­der, alors nous sommes là pour dire : « Prenez le temps, posez-moi des ques­tions, je peux vous guider ». Modes­te­ment, mon but est de sortir les Caen­nais de leur zone de confort.

Quand as-tu découvert le Calvados et quelle est ta vision de ce spiritueux notamment en mixologie ?

Je suis Nor­mand, j’ai baigné dedans. À la maison, les fins de repas sen­taient sou­vent la pomme et j’ai habité à proxi­mi­té de grandes dis­til­le­ries comme Chris­tian Drouin ou Père Magloire. Ce ter­roir me parle, j’ai d’ailleurs prévu d’y emme­ner l’é­quipe en visite.

Le défi en Nor­man­die, c’est de décons­truire les a priori. Le calva était cou­ram­ment fait « maison », par­fois sans grande maî­trise tech­nique, et beau­coup en gardent le sou­ve­nir d’un alcool mal dis­til­lé et donc trop ardent. Pour­tant, c’est un contre­sens : si on le com­pare à un gin, une vodka ou un whisky, le Calvados sera sou­vent perçu comme le plus souple grâce au fruit et à son sucre natu­rel. Il n’est pas « fort », il est juste méconnu.

En mixo­lo­gie, c’est un « passe-par­tout » incroyable. On uti­li­sait sou­vent le jus de pomme comme base dans les vieux cock­tails parce qu’il allonge les saveurs sans les écra­ser. Le Calvados, c’est pareil mais en ver­sion spi­ri­tueux : soit tu valo­rises la pomme comme ingré­dient prin­ci­pal, soit tu te sers de sa fraî­cheur pour faire le lien entre tous les ingré­dients de ton verre.

Comment évolue la consommation de Calvados à Caen et au Boumbap selon toi ?

À Paris, le Calvados est devenu assez cou­rant dans les bars à cock­tails. À Caen, his­to­ri­que­ment, on le boit sur­tout dans l’Embuscade pour le « punch » plus que pour le goût. Mais ça évolue dou­ce­ment, c’est un cycle qui part de la capi­tale et finit par arri­ver chez nous. Cepen­dant, les bars se contentent sou­vent des alcools « essen­tiels » sans penser au Calvados, sans doute par manque de visi­bi­li­té des marques sur le terrain.

Au Boum­bap, si les tou­ristes vont natu­rel­le­ment vers le Calvados, il faut encore inci­ter les locaux. C’est moins évident pour eux, donc on pro­pose dif­fé­rentes ver­sions nor­mandes de clas­siques comme l’Old Fashio­ned ou le Negro­ni. En voyant des revi­sites au Calvados un peu par­tout sur notre carte, les gens deviennent curieux et sont sou­vent agréa­ble­ment sur­pris par le résultat.

As-tu une approche spécifique dans la création de tes recettes de cocktails ?

Ma source d’ins­pi­ra­tion, c’est clai­re­ment la cui­sine ! Je n’ai aucune for­ma­tion hôte­lière, mais je bou­quine énor­mé­ment pour apprendre les « règles d’or » et les injec­ter dans mes propres accords. Sur la carte, il n’y a que des bases de pâtis­se­rie ! On a par exemple tra­vaillé notre Espres­so Mar­ti­ni comme un « Banof­fee ». Mais par­fois, tes pré­pa­ra­tions se jouent au gramme ou au degré près : si tu te loupes, tu perds la tex­ture ou la couleur.

Quel est ton cocktail préféré ?

J’aime beau­coup l’Old Fashio­ned, mais je vais pen­cher pour notre revi­site du Daï­qui­ri : on met une base de Calvados 2 ans d’âge com­plé­té par du rhum qui sert de lien. Pour rem­pla­cer le sirop de sucre, on ajoute un « oléo de poire » issue d’une fer­men­ta­tion de sucre et de poire. Enfin, on uti­lise du verjus plutôt que du citron notam­ment pour des rai­sons éco­lo­giques. C’est vrai­ment une recette assez douce que j’adore !

Quel style musical feat le mieux avec le Calvados ?

Le Jazz ! C’est comme le Calvados : une mul­ti­tude d’instruments et de nuances. Le jazz, c’est l’échange, la tran­quilli­té et la ver­sa­ti­li­té. Ça cor­res­pond par­fai­te­ment à la phi­lo­so­phie du Boum­bap et à l’idée que je me fais du Calvados.

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